Devoir d’insolence

Le catholicisme en a vu de toutes les couleurs. Vaille que vaille, il a résisté, non seulement aux attaques et aux calomnies, mais à ses propres erreurs. Cette solidité prouve qu’il contient une vérité d’ordre aussi bien spirituel que social et culturel. Aucun athée, aucun anticlérical, aucun bouffe-curé, comme on disait autrefois, ni même ceux qui ne sont pas de sa paroisse ne contestent son rôle historique de première grandeur. La société occidentale a été structurée par lui et, par bien des points plus ou moins visibles, elle continue de l’être. Pourtant aujourd’hui tout conspire à son effacement. Il est vrai que le climat général de l’époque n’est pas favorable au spirituel. Ce mélange de scientisme, de matérialisme, de relativisme et de scepticisme généralisé n’est pas le terrain où peut le mieux prospérer une religion qui s’est épanouie dans le merveilleux, la crédulité, la superstition diront certains, mais pour d’autres qui ont la foi il a correspondu à cette ardente quête de sens qui est le propre de la vie humaine. L’inquiétude sur sa possible disparition s’est manifestée de la part de penseurs chrétiens comme Jean Delumeau ou René Rémond, peu suspects d’être des adversaires, qui ont posé crûment la question : le christianisme va-t-il mourir ?…

Ni sur le plan social ni sur le plan personnel on ne voit par quoi remplacer l’Église. Le message d’espérance qu’elle porte, le pardon qui adoucit la violence, est un des rares remèdes au désespoir dont la société d’aujourd’hui a besoin. Le prêtre de « La puissance et la gloire » de Graham Greene – livre d’une brûlante actualité-, si perdu de mœurs fût-il, était porteur d’une lumière qui éclairait malgré lui.

Par Jean-Marie ROUART de l’Académie Française

 

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