Une bénédiction de cloche à Lanéven en 1750

A leur arrivée à Lanéven, Laurent Congar et maître Guillaume Yvon, le forgeron, trouvèrent la cloche placée au fond de l’église où il faisait assez sombre, entourée d’une trentaine de personnes et de maître Coquillou, frère de dame Vincnet le Pennec, avocat à Guingamp. Nos deux compères, sous prétexte de mieux examiner la cloche, se font apporter une chandelle et sortant leurs outils, se mettent en devoir de rayer les noms des parrains et marraines choisis par le « général » de Lanéven (on nommait ainsi de ce temps le conseil des notables de la commune). Vive opposition des assistants ; d’où, nous disent les pièces du procès, « tapage, fureur, jurements et serments exécrables de nos deux hommes à la face des autels : ce qui causa tant de scandale à tous ceux qui étaient présents que tous avec maître Coquillou leur crièrent de sortir, qu’il fallait les y obliger … ce qui fut fait ! »

Laurent Congar et maître Guillaume Yvon ayant été ainsi expulsés, prennent alors le chemin de l’abbaye de Bégard pour mettre Messire Julou au courant de la situation stratégique. Le recteur en effet était allé à l’abbaye prendre le prieur qu’il avait invité à présider la cérémonie et à chanter la grand-messe à Lanéven.

Ils le trouvèrent accompagné du prieur, de trois religieux, de huit « fuzilliers » (sic), portant « cocardes », un porte-enseigne, un tambour, un joueur de bâton et des gardes de l’abbaye. Le Recteur est mis au courant du développement de la situation, et l’imposant cortège se met en route vers le théâtre des opérations. Laurent Congar et Maître Guillaume Yvon porteur du « cizeau » (sic) et du marteau qu’il avait toujours sur « luy » firent demi-tour et les suivirent.

A leur arrivée à Lanéven, Messire Julou, le Prieur et les moines gagnent la sacristie, revêtent les ornements et se dirigent vers la coche pour procéder à la cérémonie. L’église était bondée et la foule débordait dans le cimetière où, nous disent les relations du procès, il y avait plus de « mil » personnes. Le Recteur fait venir Maître Guillaume, toujours armé de ses outils et, voyant tout le monde assemblé, fait tourner la cloche en mettant les doigts sur les lettres qu’il fallait biffer, il lui dit de le faire. Ensuite, continue la relation, après avoir fait rayer avec éclat sur la cloche, les lettres initiales de François Le Bonnec et de dame Vincent Le Pennec née Coquillou, il les fit éloigner pour les empêcher d’être de la cérémonie, et ce furent Anthoine Savidan et Catherine Julou qui nommèrent la cloche. La messe fut célébrée par le Prieur de Bégard. Pendant l’office : « quantité de coups de feu furent tirés dans le cimetière, ce qui causa beaucoup de tumulte et de bruit. »

A l’issue de la grand’messe, les fusiliers, le tambour, les gardes et le joueur de bâton conduisirent le recteur de Botlézan, le prieur et ses religieux, Anthoine Savidan, Catherine Julou en triomphe, suivis de nombreux « particuliers » dans la maison de François le Tannou, sise entre l’abbaye et Lanéven. Dans cette maison, un grand dîner avait été préparé et fut servi sur différentes tables. On y avait fait conduire une barrique devin rouge et qui fut bue ce jour et le suivant. Les fusiliers, ceux de l’escorte et Maître Guillaume Yvon, maréchal (il l’avait bien mérité) furent des convives.

Il est quelqu’un dont il n’est question nulle part dans le procès : c’est le vicaire qui était à demeure à Lanéven. Il a dû sans doute garder en tout cela une neutralité aussi sage que prudente.

La bénédiction de la fameuse cloche eut son épilogue au parlement de Rennes, où par arrêt du Parlement rendu en audience publique le 17 février 1751 :

« Le sieur Julou, Recteur de l’église de Botlézan et Lanéven, Laurent Congar, Guillaume Yvon, maréchal, ont été condamnés solidairement aux dépens des causes principales, et à toutes réparations, dommages … etc. sur le « général » de Lanéven ; le prieur de Bégard étant renvoyé hors d’accusation. »

Et voilà comment se termina cette affaire qui mit tout le pays en émoi !

 

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