Le Dimanche de la Miséricorde

Le dimanche qui suit Pâques, habituellement appelé dimanche de Quasimodo, est désormais dédié à la miséricorde de Dieu.

C’est Jean-Paul II qui a institué cette fête, après avoir canonisé Sœur Faustine Kowalska. Cette religieuse polonaise vécut de 1905 à 1938. Elle eut de nombreuses visions de Jésus qui lui demanda avec insistance que soit instaurée cette solennité :

« La fête de la Miséricorde est issue de mes entrailles, je désire qu’elle soit fêtée solennellement le premier dimanche après Pâques » lui a dit Jésus.

La notion de « miséricorde » a connu un développement, dans notre culture, qui voile la richesse qu’elle possède dans la tradition biblique. En effet, pour nous, la miséricorde signifie la sensibilité à la misère d’autrui ou la pitié par laquelle on pardonne au coupable. La notion biblique de « miséricorde » est beaucoup plus vaste.

Le mot hébreu « rahamim » est un pluriel qui signifie « entrailles ». Les Hébreux considéraient que les entrailles, en tant que siège de tous les sentiments, pouvaient s’émouvoir sous le coup de la douleur ou d’une peine. C’est peut-être en ressentant des « papillons dans le ventre », comme on dit, qu’ils en étaient arrivés à considérer la miséricorde comme un sentiment qui a son origine au sein même de la personne. La miséricorde apparaît alors comme l’attachement d’un être à un autre. Mais le terme « rahamim » désigne surtout l’attachement qui unit Dieu à l’être humain, comme si les « entrailles de Dieu » frémissaient en pensant à l’homme. Ainsi Dieu s’émeut avec tendresse comme un père ou une mère à l’égard de leurs enfants.

Un autre terme accompagne souvent la « miséricorde » : c’est « hesed ». Il s’agit de la relation qui unit deux personnes et implique la fidélité et l’obligation de venir en aide. La miséricorde unie à la fidélité devient une bonté consciente et voulue qui répond à un devoir intérieur. La personne qui agit avec miséricorde témoigne alors d’une grande fidélité à la relation qui l’unit à quelqu’un d’autre. Il en est ainsi de la miséricorde de Dieu.

Dieu manifeste sa miséricorde chaque fois qu’il vient en aide à son peuple ou à un individu. Il a alors une prédilection pour le pauvre, la veuve, l’orphelin. Ces personnes vivent habituellement dans la plus grande indigence, puisqu’elles ont perdu le soutien qui d’un mari, qui d’un père. Pour Israël, la manifestation par excellence de la miséricorde de Dieu fut l’Exode. La libération de la servitude en Égypte est le modèle de toutes les autres manifestations de la miséricorde de Dieu.

Il n’y a pas que la misère ou les malheurs de l’homme qui bouleversent Dieu. Il y a surtout la condition de l’homme pécheur. La miséricorde dans ce cas, n’ignore pas la gravité de la rupture due au péché, mais elle se traduit par la patience, la volonté ferme d’amener les humains à la conversion et de leur accorder son pardon. En Israël, on en vient à penser que la miséricorde est un acte proprement divin. Elle est le signe de la toute-puissance de l’amour de Dieu. Seul le cœur endurci et rebelle peut limiter l’exercice de la miséricorde de Dieu. Les prophètes enseignent que la pratique de la miséricorde et de la tendresse entre les membres du peuple est préférable à tous les sacrifices où le cœur est absent. En raison des liens créés par l’Alliance, personne ne peut se dérober à son devoir d’amour envers le prochain.

Jésus reprendra cet enseignement des prophètes, en affirmant qu’il n’est pas venu pour les justes qui ne sentent aucun besoin de conversion, mais pour les pécheurs qui ont besoin de connaître la miséricorde de Dieu. Il ira cependant plus loin en invitant ses disciples à agir avec miséricorde à l’égard de tout être humain, même l’ennemi. Il faut être miséricordieux comme notre Père du ciel est miséricordieux. Comme lui, il faut que nos entrailles frémissent devant autrui.

C’est par la pratique de la miséricorde que les disciples de Jésus révèlent qu’ils sont en communion avec Dieu. C’est la condition essentielle pour entrer dans le Royaume.

(d’après Yves Guillemette, prêtre)

 

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